L’origine des classes de danger – Classe 1
Dans le domaine du transport de marchandises dangereuses, chaque produit est identifié par un numéro UN. Ce numéro permet de retrouver, dans un tableau spécifique (par exemple le tableau A de l’ADR), toutes les prescriptions applicables à son transport en toute conformité.
Chaque numéro UN appartient à une classe de danger, qui définit la nature du risque associé à la marchandise. Certains numéros ONU peuvent également avoir un ou plusieurs dangers subsidiaires. À chaque classe correspond une étiquette de danger, reconnaissable par :
- sa forme losange (carré posé sur la pointe)
- ses symboles conventionnels indiquant la nature du danger et dont les cinq premiers pictogrammes étaient :
- une bombe explosant (pour les matières explosives)
- une flamme (pour les produits inflammables)
- une tête de mort sur deux tibias croisés (pour les substances toxiques)
- un trèfle (symbole de radioactivité)
- des liquides corrosifs s’écoulant de deux récipients en verre, attaquant une main et un morceau de métal (pour les produits corrosifs).
- et sa couleur distinctive, utile pour la manutention et l’arrimage.
Mais d’où viennent ces classes et étiquettes ? Plongeons dans l’histoire de leur création.
Classes et pictogrammes de danger
Quand on évoque les pictogrammes dans le transport des matières dangereuses, on pense aux symboles normalisés destinés à alerter sur un danger potentiel. Ces pictogrammes sont apparus en 1967 sous l’impulsion de l’Union européenne, puis harmonisés à l’échelle mondiale en 2010 avec le SGH (Système Général Harmonisé de classification et d’étiquetage des produits chimiques).
Ces symboles, conçus pour être universellement compris, utilisent des formes simples et évocatrices (flamme, crâne, explosion…) pour signaler des risques tels que l’inflammabilité, la toxicité ou l’explosivité.
Les étiquettes de danger utilisées pour le transport reprennent en grande partie ces pictogrammes, mais leur origine est plus ancienne. Elles sont le fruit d’une normalisation internationale portée par plusieurs grandes organisations :
- l’ONU, pour les recommandations du transport de produits dangereux,
- l’OTIF, pour le transport ferroviaire (RID), ce dernier étant le plus ancien règlement de transport de marchandises dangereuses au monde.
La première réglementation encadrant l’étiquetage des marchandises dangereuses en France a été rédigé en 1945 est entrée en vigueur le 1er juillet 1946.
Il s’agissait alors du Règlement pour le transport des marchandises dangereuses par chemins de fer, par voies de terre et par voies de navigation intérieure.
Ce texte a connu plusieurs modifications au fil du temps, et c’est en 1990 qu’une évolution majeure est intervenue, marquant un tournant dans la normalisation de l’étiquetage des marchandises dangereuses.
Le règlement de 1945, premier à encadrer l’étiquetage des marchandises dangereuses, introduisait des étiquettes dont le design rappelait déjà celui que nous connaissons aujourd’hui.
Toutefois, le chiffre de classe de danger ne figurait pas encore en bas de l’étiquette. Il incombait à l’expéditeur de l’ajouter manuellement, à côté ou au-dessous de l’étiquette, de manière indélébile.
Classe 1 – Les Explosifs

La première classe de danger est celle des explosifs. Ce n’est pas un hasard : les explosifs font partie de notre histoire depuis des siècles. Inventée en Chine au IXe siècle, la poudre noire a marqué le début de leur utilisation à grande échelle.
Ce que peu de gens savent : le tout premier règlement de transport de marchandises dangereuses remonte à 1898. Intitulé « Règlement pour le transport par chemin de fer des matières dangereuses et matières infectes », il répertoriait les produits en catégories plutôt qu’en classes :
- les quatre premières concernaient les matières explosibles et inflammables,
- la cinquième les matières vénéneuses,
- la sixième les matières infectes.
Aujourd’hui, la classe 1 est subdivisée en six divisions, selon le type et le degré d’explosivité. Coïncidence ou héritage direct de ce premier classement ? La question mérite d’être posée.
L’étiquette de danger de la classe 1 est de couleur orange vif, facilement identifiable. Elle affiche le symbole d’une bombe explosant, avec en bas le chiffre 1, parfois accompagné de la division concernée.






Le savais-tu ?
Saviez-vous qu’il existe un lien entre la classe 1 et la création du Prix Nobel ?
Alfred Nobel, après un parcours atypique, commence dès 1862 à travailler sur les explosifs. À cette époque, la poudre noire est encore très utilisée, tandis que la nitroglycérine, bien que découverte, est extrêmement instable et dangereuse.
En 1864, une explosion dramatique dans l’usine familiale cause la mort de son frère cadet. Ce drame pousse Nobel à chercher un moyen de stabiliser la nitroglycérine, ce qu’il parvient à faire en créant notamment la dynamite.
Mais ce n’est pas tout : il inventera plusieurs explosifs utilisés encore aujourd’hui.
En 1888, un journal publie par erreur sa nécrologie, le qualifiant de « marchand de mort » et déclarant :
« Le Dr Alfred Nobel, qui fit fortune en trouvant le moyen de tuer plus de personnes plus rapidement que jamais auparavant, est mort hier. »
Profondément marqué par cette image qu’on garderait de lui, Nobel décide de changer son héritage. Dans son testament, il lègue sa fortune pour créer une institution récompensant ceux qui œuvrent pour le progrès de l’humanité : c’est ainsi que naissent les Prix Nobel.
L’information insolite de la classe 1
Lors de la seconde guerre mondiale, la résistance française en manque d’armes et de munitions prépare des cocktails explosifs baptisés « Joliot-Curie » (un mélange d’acide sulfurique, de chlorate de potassium et d’essence) destinés à être projetés sur les chars allemands. Ce dérivés du cocktail Molotov portait le nom du prix Nobel de chimie de 1935 : Frédéric Joliot-Curie qui deviendra en 1945 le premier Haut-Commissaire du Commissariat à l’énergie atomique (CEA).